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Si la postérité n'a retenu de Rouget de Lisle que la paternité de la Marseillaise, cet auteur prolifique a pourtant laissé une oeuvre importante, dont la substance traduit, si besoin en était son engagement révolutionnaire.
L'hymne à la Raison, dont les paroles sont reproduites ci-dessous en témoignent :

 
HYMNE A LA RAISON


     
     Quand déchirant les voiles sombres,
     dont la nuit couvrait l'univers,
     le soleil à travers les ombres
     monte sur le trône des airs,
     reste impur des vapeurs funêbres,
     quelquefois d'épaisses ténèbres
     arrêtent ses traits radieux;
     il roule bientôt sa lumière
     a dissout la masse grossière
     et lui seul règne au haut des cieux ( bis )

     
     Ainsi la raison triomphante
     A terrassé le préjugé;
     De l'orgueil des maux qu'il enfante
     Le monde par elle est vengé.
     Astre éclatant, je te salue!
     Ta clarté longtemps attendue
     Brille enfin aux yeux des français;
     Ô divinité tutélaire,
     Puisse leur hommage te plaire!
     Ils sont dignes de tes bienfaits.

     
     Fille auguste de la nature!
     Soeur de la douce égalité!
     Aux rayons de ta flamme pure,
     L'homme connut sa dignité.
     Ta main dans son coeur magnanime
     Grava le sentiment sublime
     De ses impérissables droits;
     Tu soumis tout à son empire,
     Et Roi de tout ce qui respire,
     De toi seule il reçut les lois.

     
      Porté sur ton aile rapide,
     Je m'élance aux portes du jour;
     Je franchis d'un vol intrépide
     Le seuil de l'immortel séjour.
     Sous tes auspices je pénètre
     Jusqu'à la source de mon être,
     Jusqu'au lieu trois fois redouté,
     Où Dieu dans une paix profonde
     Veille sur les destins du monde
     Et lui dicte sa volonté.

     
     Dans notre âme docile encore
     Par toi le vice est combattu;
     Tu nourris et tu fais éclore
     Tous les germes de la vertu.
     La gloire te dois tous ses charmes;
     C'est toi qui fait couler les larmes
     De l'aimable et tendre pitié;
     Tu fis l'amour pour la jeunesse,
     Et pour consoler la vieillesse
     Tu créas la sainte amitié.






Triste victime du mensonge,
Qui toujours l'obsède et la suit,
Dans l'abime où l'erreur la plonge,
Sans toi la vérité languit.
Parais... le monstre s'humilie
Devant la déesse avilie
Dont il usurpait les autels;
Par toi libre et victorieuse,
Elle revient plus glorieuse
S'offrir à l'amour des mortels.


Qui renversera dans la poussière
Ces colosses audacieux
Qui de leurs pieds foulaient la terre
Et dont le front touchait aux cieux?
Où sont ces coutumes barbares,
Où sont ces thrônes, ces thiares,
Fléaux des peuples asservis?
Hier de leur pompe dissolue
Ils afflligeaient encor ma vue....
Je ne vois plus que leurs débris.


Ô Raison! ces honteux prestiges,
Ton souffle les a dispersés;
Bientôt leurs douloureux vestiges
Pour jamais seront effacés.
Telle de sa tige arrachée,
La feuille morte et desséchée
Dans la fange s'ensevelit :
Ainsi la trombe menaçante
Qui pressait la mer mugissante,
Au gré des vents s'évanouit.


Poursuis, déité protectrice!
Consomme ces grands changements;
Soutiens, couronne l'édifice
Dont tu posas les fondements.
Des tirans et de leurs ministres
Confonds les intrigues sinistres
Et les sanguinaire desseins :
Pour prix de leurs fureurs stupides,
Que leurs armes liberticides
Se plongent dans leurs propres seins.

10°
Mais alors que leur chute expie
Tes outrages et nos malheurs,
Déesse! d'une guerre impie
Eteins les flambeaux destructeurs.
Rends nos frères à la nature.
Arrache les à l'imposture,
Désarme leurs bras égarés;
Que l'univers enfin contemple,
Unis dans ton auguste temple,
Tous les français régénérés.